Premières mesures, premier renoncement

Le projet de loi de finances rectificative pour 2012 vient d’être présenté par le gouvernement suite au rapport de la Cour des comptes remis hier au Président de la République.

Le cadrage budgétaire était connu depuis longtemps et avait pourtant été nié pendant toute la campagne par le Parti socialiste : il manque 33 milliards d’euros pour boucler le budget 2013 et atteindre ainsi l’objectif d’un déficit budgétaire de 3%. Aujourd’hui aux affaires, le gouvernement utilise l’effet médiatique de la remise de ce rapport pour présenter un plan de rigueur strict et dangereux.

D’une part, mettons les choses au clair, ce rapport démontre qu’aucune ardoise cachée n’a été laissée par l’ancien gouvernement. En effet, la Cour a évalué le risque de dépassement des dépenses de l’État pour 2012  »entre 1 et 2 milliards d’euros » ajoutant qu’il s’agit  »d’un niveau de risque équivalent à celui constaté chaque année ». Il est donc mensongé de dire, M. Cahuzac, que le précédent gouvernement laisse notre pays dans une situation budgétaire non conforme aux engagements pris lors du Projet de loi de Finances pour 2012.

D’autre part, penchons-nous sur la stratégie que le Gouvernement va mettre en place pour atteindre l’objectif fixé. Le gouvernement annonce un premier plan dans lequel ne figure aucune réduction de dépenses mais plutôt une augmentation des impôts de 7,1 milliards d’euros qui touchera les classes moyennes à travers :

  • la fin de l’exonération de charges pour les heures supplémentaires. Est-ce les riches qui ont la possibilité de faire des heures supplémentaires ?
  • l’augmentation de la fiscalité appliquée à l’intéressement et à la participation des salariés, vieil héritage gaulliste jusqu’alors préservé. Est-ce les aisés qui profitent de ces dispositifs qui permettent un meilleur partage de valeur ajoutée créée par l’entreprise ?
  • la baisse des incitations pour favoriser l’emploi des personnels à domicile, secteur qui emploie plus d’un 1,7 millions d’employés (pour 3 millions d’employeurs). Avec un chômage au dessus des 10% et un financement de notre modèle social en difficulté, peut-on se permettre d’accroître encore davantage le nombre de chômeurs tout en accroissant le risque de travail au noir ?

D’autant que la suite ne sera que plus salée puisqu’on annonce déjà la réduction du nombre de fonctionnaires dans l’ensemble des ministères pour satisfaire aux engagements de campagne qui prévoient un accroissement du nombre de fonctionnaires de l’ordre de 65 000 postes dans 3 secteurs jugés prioritaires : la sécurité, l’éducation et la justice.

Concrètement, sur notre territoire, cette politique signifie que nous aurons peut-être quelques policiers et quelques professeurs supplémentaires (il faudrait pour cela que les collectivités aient les moyens de construire de nouvelles classes). Le corollaire de cette politique est que des secteurs aussi prioritaires que l’accompagnement des entreprises, la protection des consommateurs, la formation professionnelle, le sport et la culture, la protection de l’environnement et d’une manière générales tous les services publics de proximité seront complètement délaissés. Sur un territoire qui souffre de la disparition progressive de ses services publics depuis plusieurs années, les dégâts vont être dramatiques et le sentiment d’abandon de l’Etat par rapport aux campagnes va encore s’accroître lourdement.

Finalement,  M. Hollande, la seule lueur d’espoir de ce début de mandat sera venue de votre politique sur le plan européen. Vous aviez annoncé durant toute la campagne que vous renégocieriez le traité européen signé par votre prédécesseur. Heureusement, sous la pression de vos collègues étrangers, vous avez finalement signé un texte identique à celui signé par le Président Sarkozy qui comprend la mise en place d’une règle d’or (que vous refusiez pendant la campagne) et des engagements sur la croissance relégués en annexe du document. Reconnaissons que ce premier renoncement est salvateur pour notre pays mais en dit long sur les intentions de votre gouvernement dans les prochaines semaines. S’engager en France sur une politique et faire le contraire lors de la négociation au niveau européen, n’est-ce pas une philosophie de gouvernance molle, assumée, que vous avez faite vôtre lors de ce premier sommet européen ? Jusqu’à renouveler ce type de comportement dans toutes vos instances de concertations annoncées hier par votre Premier ministre à l’occasion de son discours de politique générale ? Nous pouvons nous interroger…

 

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